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Julien Lecomte a travaillé pendant plus d’un an dans une animalerie de la région parisienne. Il y vendait des chats, des chiens, des oiseaux, des poissons ou encore des rongeurs. Cet ancien employé (photo ci-contre, en compagnie de sa chienne, Urumi), qui a depuis changé de métier, révèle en exclusivité pour Starnimo, la face cachée de ces boutiques spécialisées, où la rentabilité et le business passent bien avant le bien-être et la santé des animaux.
Les responsables d’animaleries affirment accorder beaucoup d’importance à l’entretien et au soin apportés aux animaux. Les règles d’hygiène sont-elles strictes ?
Julien Lecomte: En théorie peut-être, mais elles sont rarement appliquées. Les cages vitrées, que l’on appelle les bulles dans notre jargon, sont souvent très sales. L’entretien est tellement aléatoire que les bouches d’aération, situées au plafond, sont bouchées la plupart du temps par les poils des animaux. Il suffit de lever la tête pour le constater. Résultat : l’air n’est jamais renouvelé. L’été, il y fait une chaleur suffocante, et l’hiver, les températures sont glaciales. L’effet de serre dans ces bulles favorise inévitablement la prolifération des virus et des bactéries.
Ce qui peut rendre les animaux malades. Le taux de mortalité est-il élevé ?
Julien Lecomte: J’ai constaté plusieurs épidémies, même si un vétérinaire passe une fois par semaine pour surveiller l’état de santé des chats et des chiens. Mais cela ne résout pas tout. Je me souviens notamment d’une cliente qui avait eu un énorme coup de cœur pour un petit berger australien. Avant de craquer, elle repasse à la boutique plusieurs fois, avec ses enfants et son mari. Au bout d’une semaine, elle décide d’acheter le chiot. C’était vraiment un moment magique. Mais deux jours plus tard, elle revient nous voir, en larmes. Le chien avait contracté un virus chez nous et il venait de mourir. Son frère, que nous n’avions toujours pas vendu, est décédé le lendemain.
Pour s’épanouir, un chien a besoin de se dépenser. Ont-ils l’occasion de sortir de leurs cages?
Julien Lecomte: Pas vraiment. Normalement, ils ont le droit à une heure de sortie quotidienne dans un enclos de 4m2, histoire de jouer entre eux et de se dégourdir les pattes. C’est bien trop peu, et malheureusement, cette règle était rarement appliquée dans l’animalerie où je travaillais. Il nous arrivait parfois de les mettre dans l’enclos, mais uniquement lorsqu’il y avait beaucoup de clients, afin de les attendrir : c’est toujours plus mignon de voir un chien jouer avec un autre plutôt qu’enfermé dans sa minuscule bulle. Évidemment, les animaux dorment aussi dans leurs cages. En bref, ils n’en sortent quasiment jamais, sauf lorsqu’ils sont vendus.
Mais justement, que deviennent les chiots et les chatons qui ne sont pas vendus ?
Julien Lecomte: La grande majorité d’entre eux finit toujours par trouver preneur. Les animaux restent en moyenne un mois en boutique. Mais plus ils grandissent, plus leurs prix baissent. J’ai déjà vendu des chiots âgés de six mois à un euro symbolique. En revanche, à ma connaissance, aucune euthanasie n’est jamais pratiquée.
Les clients regrettent-ils parfois leurs achats ?
Julien Lecomte: Cela arrive. Certains clients achètent un animal comme s’ils s’offraient une nouvelle paire de chaussures. Alors, forcément, si cela ne leur convient plus, ils ramènent tout simplement l’animal, sans penser que ce dernier a pu s’attacher à eux, même en quelques jours. Le sort d’un petit cocker anglais m’a notamment beaucoup marqué. Ce chiot est vendu une première fois à un monsieur qui veut l’offrir à sa femme. Le lendemain, il nous le ramène, car son épouse n’en veut pas. C’est ensuite au tour d’une jeune fille de craquer et de l’acheter, avant de demander elle aussi remboursement : finalement, le cocker était trop grand à son goût, il ne rentrait pas dans son sac de voyage. En tout, le chiot a été vendu et ramené trois fois en cinq jours, à chaque fois pour des prétextes plus grotesques les uns que les autres.
Est-il vrai que les autres animaux, comme les oiseaux ou les rongeurs, sont beaucoup moins bien traités ?
Julien Lecomte: Si nous essayons de veiller à la bonne santé des chats et des chiens, avec le passage du vétérinaire notamment, il n’y a en revanche aucune pitié pour les autres animaux. Je me souviens que chaque matin, nous faisions l’inventaire des poissons et des rongeurs. En bref, il fallait faire rapidement disparaître les corps des bêtes décédées pendant la nuit avant l’arrivée des clients. Dans la boutique où je travaillais, nos responsables nous répétaient constamment que les clients passaient avant les animaux. C’est d’ailleurs pour cette raison que j’ai fini par changer de métier. J’aime profondément les animaux, mais vendre, c’est faire du chiffre, coûte que coûte. Je ne le supportais plus.
Propos recueillis par Julie Rigoulet
Crédit photo: Hugues Tavier
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